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Obstacle mythologique à la construction d'un canal en Inde

Arundhati Virmani ©
virmani[at]univmed.fr

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Le « Setu Samudram Ship Canal Project » est un projet du gouvernement indien pour construire un canal (12 mètres de profondeur, 300 mètres de large et 90 Kms de long) pour rendre navigable le détroit entre l’Inde et le Srilanka, actuellement trop peu profond, qui relie le golfe de Palk et nord au le Golf de Mannar au sud. Les travaux, inaugurés par le gouvernement le 2 juillet 2005, font partie d’une politique nationale de développement des ports et sont soutenus par l’état du Tamil Nadu qui est directement concerné. Le projet est devenu la cible d’attaques de la part de partis politiques et d’associations hindous. Pour ceux-ci, ce bras de mer comporte un ensemble de hauts fonds sableux naturels, qu’ils considèrent comme un lieu sacré. Pour eux, ils seraient la preuve de l’existence ancienne d’un pont connu comme le « Adam’s bridge » ou « Ram Sethu » (noms inspirés des mythologies à la fois islamique et hindou), qui aurait été construit par le dieu Rama avec l’aide d’une armée de singes pour libérer son épouse Sita, enlevée par le démon Ravana et emprisonné dans le royaume de Lanka. Cette série de hauts fonds constituerait la preuve que le pont décrit dans l’épopée du Ramayana n’est pas une simple fiction mythologique mais une réalité historique. Cette épopée reste toujours une référence forte, marquée, notamment, au quotidien par les nombreuses fêtes et célébrations qui se succèdent particulièrement d’août à novembre dans le nord de l’Inde.
Le début des travaux du canal a déclenché des protestations des partis politiques hindous, principalement le Bharatiya Janata Party (BJP), et provoqué une réaction forte dans l’opinion publique. Un recours a été enregistré auprès de la Cour Suprême indienne pour que le pont ne soit pas détruit et soit classé comme monument historique. L’Archaeological Survey of India (A.S. I) a défendu la position et le projet du gouvernement dans une déclaration du 12 septembre 2007 constatant que les pétitions contre le canal ne sont basées que sur le Ramayana de Valmiki, le Ram Charit Manas de Tulsidas et d’autres textes qui, quoique indéniablement anciens, appartiennent à la littérature mythologique et ne peuvent donc constituer des preuves historiques de l’existence de personnages ou d’évènements décrits dans le Ramayana. Le BJP a dénoncé ces propos comme blasphématoires. A la suite de la déclaration de l’A.S. I, une série de procès a été ouverte, y compris, par un ancien ministre, Subramaniam Swamy. Les déclarations de M. Karunanidhi, « chief minister » de l’état du Tamil Nadu et président du parti du Dravida Munetra Kazagham , affirmant qu’il n’y avait aucune preuve de l’existence de Rama, et que le Ram Sethu était une construction humaine, ont aggravé le conflit. Le gouvernement a dû affirmer son respect pour le dieu Rama, réitérer son intention de ne pas blesser les sentiments religieux et les croyances des gens et, plus concrètement, suspendre deux fonctionnaires de l’Archaeological Survey. Le 31 août 2007 la cour suprême a donné l’ordre d’arrêter les travaux du canal.

 

Bibliographie:

The Hindu, 20 May, 11, 16, 19 June, 2005, 16 September 2007.

The Times of India, 8 October 2007.

RAMESH, R., 2005, « Pre and post-tsunami. Is the Sethusamudram Shipping Canal Project echnically Feasible ? », Economic and Political Weekly, January 22, p. 271-274.

- 2007, « Mythologizing Politics », Economic and Political Weekly, September 22, 2007, p. 3811-3812.

JACOB, John, 2007, « Sethusundaram Canal. An Expensive Voyage », July 21, Economic and Political Weekly , p. 2993-2996.

08/20/10

Présentation de l'auteur

Arundhati Virmani, historienne, lecturer, puis Reader à l’université de Delhi de 1984 à 1992. Maître de conférence invité à l’université de Bordeaux III, 1993, actuellement chargé de cours (English for the Social Sciences) à l’EHESS-Marseille.

Publications :
L’Inde, une puissance en mutation
, Paris, La Documentation française, 2001.
India : 1900-1947. Un Britannique au cœur du Raj,
Paris, Autrement, 2002.
A National Flag for India. Rituals, Nationalism and the Politics of Sentiment
, Delhi, Permanent Black, 2008.

En préparation :
Atlas historique de l’Inde, Paris, Autrement, à paraître en 2011.